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Pessimisme pratique
1 Views • Feb 19, 2015
Description
Toujours, nous avons en vue, dans notre tête, un monde idéal : monde sans défaut ni faille, de toute plénitude, à partir duquel nous jaugeons, jugeons et organisons les phénomènes du monde ici et maintenant. Quoi qu’il arrive, nous théorisons la réalité ; nous faisons abstraction des éléments sensibles et traitons les résultats au niveau intelligible.
Manière de faire qui, de fil en aiguille, si notre pensée est cohérente, si notre pensée est rigoureuse, nous conduit à croire à une explication logique et rationnelle et morale de toute chose. Nous amène à croire que la connaissance abstraite de la vérité – la théorie, le savoir, la connaissance, la science, la technique – sont capables de tout, sont capables de remédier à tous les maux et finalement d’assurer le bonheur terrestre de tous. A commencer par le nôtre qui, en l’occurrence, nous intéresse au premier chef.
Cet idéal optimiste théorique est devenu si fort, si rassurant, si prometteur, si efficace, qu’on en est venu à oublier qu’il n’est à vrai dire qu’une… fiction : qu’un fantasme né dans l’imagination de Platon.
Non pas une fiction absurde, bien sûr – nos idées, nos croyances, nos structures de pensée, notre science et notre technique ne sont nullement dénuées de sens –, mais une fiction vide, purement théorique, qui fait abstraction de la vérité de la vie ici et maintenant ; qui en retranche tout mouvement, toute évolution, toute perspective, tout ce qui n’entre pas dans nos structures et catégories de raison figées. Fantasme qui s’avère somme toute être un dangereux fourvoiement vis-à-vis de la vie. Comme dit Nietzsche : « Une vision du monde dévoyée et optimiste déchaîne à la fin toutes les abominations » (NT, 15).
Alors que l’enjeu de l’optimisme théorique est justement de se protéger du tragique de l’existence, de vivre dans le bonheur perpétuel de tous, il déchaîne finalement le malheur généralisé. En élevant au rang de principe l’optimum, le bien suprême, l’idéal, en fondant sur lui toutes nos pensées, nos espérances, nos actions, en cherchant à reproduire cet idéal dans le sensible, nous faisons fausse route. Nous négligeons, écartons, engloutissons, emprisonnons, stérilisons tout un pan de la vie : celui de sa ressource-même.
Procédant de la sorte, nous créons un déséquilibre, qui a pour conséquence la révolte. La vie continue en effet par tous les moyens à chercher à se libérer. Par la violence, s’il le faut : le déclin, les maladies, les accidents, les séparations, la mort, le terrorisme, même, n’est rien d’autre que des moyens que trouve la vie pour rétablir – par la révolte – l’équilibre perdu.
Et voilà que la souffrance et la mort éclatent au grand jour...
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