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Guillaume Connesson : Heiterkeit
252 Views • Jan 09, 2025
Description
#creation #musiquecontemporaine
Heiterkeit est une œuvre à part dans le catalogue de Guillaume Connesson. « C’est une pièce que j’ai écrite face à des difficultés de santé, explique le compositeur. Avec mon 2e Quatuor et le Concerto pour hautbois « Les Belles Heures », elle appartient à une époque où je souhaitais écrire une musique apaisée ». Heiterkeit (qui signifie « sérénité » en allemand) naît de la redécouverte, par le compositeur, de la poésie de Friedrich Hölderlin (1770-1843). « J’ai choisi quatre poèmes qui datent de l’époque où Hölderlin, déclaré fou, vivait enfermé dans la tour de Tübingen. Ses poèmes doux et contemplatifs m’ont bouleversé : malgré la situation tragique dans laquelle l’artiste se trouvait, on y perçoit un calme et un dépassement serein de la douleur ».
Créé à Indianapolis en 2022 par le chef Krzysztof Urbański, aux côtés déjà de la Symphonie n°9 de Beethoven, Heiterkeit se compose de trois parties enchaînées. La première est un lever du jour, un crescendo lumineux qui célèbre le printemps. « Je privilégie ici une écriture diatonique, poursuit Connesson, un peu comme si on jouait sur les touches blanches d’un piano. Mais chez moi, les touches blanches ne le restent jamais longtemps ! Je voulais écrire une musique d’où le drame serait absent ». Un premier climax sur la phrase « la jeune année commence avec des fêtes » nous emmène vers un Molto vivo qui évoque des promenades passées. Un deuxième fortissimo intervient sur cette question : « Où se tient la profonde vie/ Jusqu’aux jours de la délivrance ? »
Pour mettre en musique la langue « limpide » de Hölderlin, Connesson choisit une écriture vocale lisible et dépouillée : « Je suis moi-même chef de chœur et j’aspire à ce que ma musique puisse être chantée par tout 5 le monde, et pas uniquement par des ensembles professionnels. Un compositeur comme Britten poursuit un idéal de simplicité tout en écrivant une musique harmoniquement sophistiquée. Ici aussi, la complexité se situe davantage dans l’orchestre que dans le chœur ». La troisième et dernière partie de Heiterkeit évoque le regard d’un homme plus âgé sur la beauté des saisons et sa jeunesse perdue. De cet adieu crépusculaire, le compositeur ne cache pas la dimension funèbre : « J’ai pensé à des œuvres testamentaires comme Im Abendrot, le dernier des Quatre derniers Lieder de Richard Strauss. L’expérience nous apprend à avoir peur de la vie durant les trente premières années de notre existence et peur de la mort durant les trente suivantes ». En à peine dix minutes, Heiterkeit s’affirme ainsi comme un portrait de Hölderlin mais également comme un émouvant autoportrait du compositeur.
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