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Gradation du vivant
M
Michysos PHUSIS
5 Views • May 29, 2014
Description
DEPUIS LE DÉBUT DE NOTRE TRADITION, fondée dans la Grèce antique par Platon et Aristote, on considère les êtres vivants selon une gradation. Gradation du vivant qui va de la matière première, inorganique jusqu’aux dieux, en passant par toute une série d’êtres vivants toujours plus évolués. Or le critère de cette gradation est la capacité vitale : c’est-à-dire l’accroissement du déploiement ou de l’éclosion de la vie (phusis).
Si cette capacité vitale est nulle dans l’eau, la terre, les pierres, etc., elle apparaît de manière très limitée dans les plantes, qui se trouvent confinées à l’endroit où elles plongent leurs racines. Chez les animaux, elle est plus riche, et même de plus en plus riche selon leur développement et évolution. Et ce jusqu’à l’homme, chez qui d’ailleurs la gradation continue, en fonction des possibilités de chaque individu – possibilités innées (talent) autant qu’acquises (exercice et travail).
Mais Aristote ne s’arrête pas en si bon chemin. Arrivé à ce stade, il opère un saut, qui a d’immenses conséquences… Saut du sensible au suprasensible, qui aboutit au monde métaphysique, divin : dans l’idée de Dieu comme être en éclosion ou phusis plénière, suprême, de l’ordre de la pure présence éternelle, sans défaut ni faille, faisant qu’il se trouve dans une permanente contemplation et jouissance de lui-même. Il s’agit évidemment là – vous l’avez compris – d’un phantasme de l’homme, qui s’imagine l’existence d’une telle capacité vitale suprême, qui justement lui fait défaut. Idée de Dieu qui devient le modèle, la jauge et mesure de toute existence.
A y regarder de plus près, toujours chez Aristote, cette gradation des capacités vitales dépend du degré de leur aisthèsis : de leur perception sensible ou, mieux, de leur sensibilité esthétique (artistique).
C’est en effet avec la sensibilité esthétique que commence la vie. C’est elle qui permet à l’être vivant d’accéder et de s’ouvrir à son milieu ambiant, sur lequel il est progressivement en mesure d’avoir une influence.
Or cette ouverture de l’être vivant à soi-même et aux phénomènes qui l’entourent s’accroît par degrés (aisthésiques), qui sont selon Aristote autant de modalités de la vie : de la vie la plus brute et physique à la plus fine et éthérée, de l’ordre de la divine connaissance abstraite, méta-physique.
C’est en suivant ces degrés que la vie s’élève de la vie purement physique, à la vie pensante, humaine, d’ordre méta-physique : éclosion, ouverture et révélation progressive de la vie (ou vérité) tout entière, qui atteint donc son déploiement suprême dans l’esprit divin.
Là où Aristote – et toute la tradition à sa suite – se trompe, c’est dans le saut opéré, par le truchement de l’imagination, de la sensibilité esthétique à la pensée intelligible ; et dans le fait qu’on prenne cette dernière comme jauge et mesure suprême. Pour finir par manquer de sentir les phénomènes de la vie et ne vivre plus que dans nos idées.
Si cette capacité vitale est nulle dans l’eau, la terre, les pierres, etc., elle apparaît de manière très limitée dans les plantes, qui se trouvent confinées à l’endroit où elles plongent leurs racines. Chez les animaux, elle est plus riche, et même de plus en plus riche selon leur développement et évolution. Et ce jusqu’à l’homme, chez qui d’ailleurs la gradation continue, en fonction des possibilités de chaque individu – possibilités innées (talent) autant qu’acquises (exercice et travail).
Mais Aristote ne s’arrête pas en si bon chemin. Arrivé à ce stade, il opère un saut, qui a d’immenses conséquences… Saut du sensible au suprasensible, qui aboutit au monde métaphysique, divin : dans l’idée de Dieu comme être en éclosion ou phusis plénière, suprême, de l’ordre de la pure présence éternelle, sans défaut ni faille, faisant qu’il se trouve dans une permanente contemplation et jouissance de lui-même. Il s’agit évidemment là – vous l’avez compris – d’un phantasme de l’homme, qui s’imagine l’existence d’une telle capacité vitale suprême, qui justement lui fait défaut. Idée de Dieu qui devient le modèle, la jauge et mesure de toute existence.
A y regarder de plus près, toujours chez Aristote, cette gradation des capacités vitales dépend du degré de leur aisthèsis : de leur perception sensible ou, mieux, de leur sensibilité esthétique (artistique).
C’est en effet avec la sensibilité esthétique que commence la vie. C’est elle qui permet à l’être vivant d’accéder et de s’ouvrir à son milieu ambiant, sur lequel il est progressivement en mesure d’avoir une influence.
Or cette ouverture de l’être vivant à soi-même et aux phénomènes qui l’entourent s’accroît par degrés (aisthésiques), qui sont selon Aristote autant de modalités de la vie : de la vie la plus brute et physique à la plus fine et éthérée, de l’ordre de la divine connaissance abstraite, méta-physique.
C’est en suivant ces degrés que la vie s’élève de la vie purement physique, à la vie pensante, humaine, d’ordre méta-physique : éclosion, ouverture et révélation progressive de la vie (ou vérité) tout entière, qui atteint donc son déploiement suprême dans l’esprit divin.
Là où Aristote – et toute la tradition à sa suite – se trompe, c’est dans le saut opéré, par le truchement de l’imagination, de la sensibilité esthétique à la pensée intelligible ; et dans le fait qu’on prenne cette dernière comme jauge et mesure suprême. Pour finir par manquer de sentir les phénomènes de la vie et ne vivre plus que dans nos idées.
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